Le compteur des likes n'explosera plus sur Facebook

Dr Nesrine Choucri Vendredi 25 Octobre 2019-22:24:39 Chronique et Analyse
Le compteur des likes n'explosera plus sur Facebook
Le compteur des likes n'explosera plus sur Facebook

Facebook captive les habitants de la planète. Publier sur Facebook est aujourd'hui à la mode.  Obtenir des likes est devenu une obsession mondiale. Pour tenter d’endiguer la sempiternelle course au Like qu’on retrouve inlassablement derrière chaque publication, Facebook a décidé de prendre exemple sur Instagram en envisageant lui aussi, de supprimer son compteur de J’aime.  C’est une information que l’on doit à l’experte en reverse engineering Jane Manchun Wong, et qui pourrait marquer la fin de la course au Like sur Facebook.

Le réseau social serait en effet sur le point de tester la dissimulation du compteur de J’aime en dessous des publications. Un nouvel outil vraisemblablement encore en développement, et qui permettrait d’accéder à la liste complète des personnes ayant réagi à un post, sans affichage de leur nombre précis. À noter que tout comme sur Instagram qui teste déjà l'outil avec succès dans plusieurs pays dont le Canada et le Brésil, le nombre de Like resterait tout de même accessible à l’auteur du post, même en cas de déploiement général de la fonctionnalité.

Publiée le 4 janvier sur la plateforme Instagram, une simple photo d’œuf est très vite devenue la publication la plus likée de tous les temps, sur l’application Instagram. Une illustration de la superficialité du nombre d’interactions entre les internautes et ces comptes à forte popularité, alors que l’illustre inconnu ayant publié cette image souhaitait détrôner la star de téléréalité Kylie Jenner, détenant auparavant le titre.

Au fil du temps, les mentions «J’aime» seraient-elles devenues le nouveau porte étendard des conséquences négatives des réseaux sociaux sur la santé mentale ? Depuis quelques mois déjà, Instagram propose une version n’affichant plus publiquement ces mentions dans 7 pays dont le Canada, l’Australie, le Brésil et l’Italie. Une expérimentation qui plaît, à laquelle une chercheuse a découvert que Facebook serait également en phase de mettre en place la mesure.

C’est Jane Manchun Wong, une chercheuse bien connue pour avoir été en avance sur la découverte de nouveautés sur les applications mobiles, qui en a informé la toile. En se penchant sur le code informatique de la version Android de l’application, elle a pu se rendre compte qu’Instagram n’était pas le seul réseau social sous l’influence de Mark Zuckerberg, à souhaiter cacher le «score» des publications.

En posant la question à Facebook, nos confrères de Tech Crunch ont pu avoir la confirmation de l’alternative au système classique du réseau social. Par ailleurs, cette suppression des mentions «J’aime» ne pourrait pas être disponible pour les utilisateurs d’ici tôt : contrairement à Instagram, Facebook ne souhaite pas  mettre en place d’expérimentation grandeur nature pour le moment.

Si pour certains le compteur de «Like» est devenu un argument commercial leur permettant de monétiser leur activité sur la toile, pour la majeure partie des utilisateurs des réseaux sociaux, des problèmes peuvent se présenter. Il est simple à comprendre que les mentions «J’aime» sont parmi les principaux facteurs de conséquences négatives sur la santé mentale. La hiérarchisation ainsi présente sur les plateformes est plus impactant de façon négative, qu’élevant de façon positive. Les utilisateurs se sentent généralement plus limités dans leurs publications, allant jusqu’à ne pas souhaiter «oser» mettre en ligne une photo sur Instagram, un post Facebook.

Et bien qu’Instagram puisse sembler être le terrain le plus propice à de tels sentiments limitants, il est intéressant de se demander si la suppression des mentions «J’aime» ne serait pas plus utile à Facebook. Ces dernières années, la conduite qu’ont les internautes est différente que celles qu’ils puissent avoir sur Instagram. Concrètement, Facebook est devenue la parfaite plateforme pour partager des événements importants pour nous (mariage, promotion, anniversaire, …). De son côté, Instagram se tourne davantage dans un partage du quotidien moins important (bien que se voulant plus esthétique visuellement).

Par conséquent, les publications Facebook sont encore moins nombreuses, et Instagram, Twitter et Snapchat ont récupéré l’image de plateformes de partage du quotidien, très avantageuse pour un réseau social. Avec la suppression des mentions «J’aime», les utilisateurs pourraient être encouragés à davantage publier, de façon plus libre et décontractée.

Sans calendrier de déploiement ni potentielle expérimentation annoncée, difficile à dire si Facebook supprimera effectivement les «Likes» sur ses publications. Il faut dire que du point de vue de sa position plus fragile face à des applications comme Snapchat et Instagram, le réseau social pourrait perdre gros si le changement est mal reçu.

A l’heure actuelle, la plupart des utilisateurs déposent une mention J’aime afin de montrer à l’auteur de la publication qu’ils ont vu cette dernière. Selon une étude parue en 2016, 42% des personnes aiment une publication pour signaler qu’ils l’ont vu, et non pas parce qu’ils le trouvent intéressant. 16% «likes» également, sont générés par mimétisme, pour des posts populaires, générant beaucoup de «j’aime».  Les utilisateurs ne seront plus forcément intéressés à ajouter un J’aime à la publication, malgré le fait qu’elle ne sera plus comptabilisée. Un pari à tenter pour Facebook.

Or, il faut savoir qu'on peut tricher le compteur de «j’aime» de Facebook. À l’origine le bouton j’aime de Facebook servait à compter le nombre de «j’aime» d’une page web ou d’un article de blog, ce fonctionnement n’est plus tout à fait exact aujourd’hui. En effet, il s’avère que le nombre total de likes agrège aujourd’hui plusieurs sources de partage. Il ne s’agit donc clairement plus d’un compteur de «j’aime». À première vue c’est une évolution fonctionnelle intéressante et tout à fait légitime de la part de Facebook. Là où cela devient problématique, c’est qu’il est facilement possible de truander le chiffre affiché par ce compteur. Exit donc les concours initiés par des blogs se basant sur le nombre de likes pour attribuer un gagnant. Le compteur additionne plusieurs sources de partage et non plus uniquement les «j’aime». Parmi elles, on retrouve le nombre de fois ou le lien de la page apparaît dans le fil d’actualité Facebook. Concrètement, si un utilisateur de Facebook publie le lien de la page dans un status, le compteur de «j’aime» sera quasiment instantanément incrémenté.

Cela paraît cohérent, mais cela ouvre une première brèche, on sait que beaucoup de professionnels de web (notamment) utilisent de faux comptes Facebook, et parfois en grand nombre ! Première technique donc pour augmenter le nombre de likes artificiellement: poster le lien de la page dans votre fil d’actualité.

On peut même aller plus loin en réglant la visibilité du post sur «Moi uniquement» , le compteur sera tout de même incrémenté ! Ce qui n’est pas cohérent. Mais ce n’est pas fini, nous venons de poster sur plusieurs faux comptes (ou non d’ailleurs) le lien de la page sur laquelle nous souhaitons gonfler le nombre de likes Facebook, maintenant nous allons utiliser une seconde technique pour décupler ce chiffre. En effet, le nombre total de likes va également additionner le nombre de «j’aime» d’une actualité Facebook contenant le lien, nous allons donc utiliser nos faux comptes pour liker chaque actualité précédemment postées, ainsi nous allons cumuler les «j’aime» pour la page en question et ceci de manière artificielle. C’est du propre ! On peut facilement arriver à des résultats assez sympathiques en utilisant plusieurs comptes et en répétant l’opération dans le temps.

 Moralité de l’histoire : stop aux concours se basant sur le nombre de j’aime Facebook, n’importe qui peut bidonner les stats ! Or, il y a quelques années que les gens étaient contents d'apprendre que Facebook avait  maintenant accorder plus de poids aux réactions emojis qu’aux “Likes” lors du classement des posts sur les fils d’actualités. Au lieu de donner aux utilisateurs le bouton “Je n’aime pas” qu’ils avaient longuement réclamé, Facebook a préféré fournir un ensemble d’emojis (J’aime, J’adore, Haha, Wouah, Triste, en Colère) pour aider les gens à exprimer leurs sentiments envers un post.  Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la plateforme a choisi de faire ce changement. Tout d’abord, cela prend plus de temps pour laisser une réaction sur un post qu’il n’en faut pour laisser un J’aime. Le processus exige en effet de maintenir le bouton J’aime enfoncé sur mobile ou de le survoler sur ordinateur, avant de choisir la bonne icône (emoji) représentant la bonne réaction. Cela indique à l’algorithme de Facebook que vous vous souciez plus du post. Etrangement, le système de classement ne prendra pas en compte le type de réaction que vous utilisez (qu’elle soit positive ou négative). Toutes les réactions ayant le même poids pour Facebook.

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